Une journée à La Ruche, espace partagé de travail – Reporterre

 Une journée à La Ruche, espace partagé de travail

La Ruche est un espace de travail partagé, dédié à l’entreprenariat social. Un cocon où germent et s’épanouissent des initiatives pour construire un autre monde. Et bossent beaucoup… C’est là que l’équipe de Reporterre a installé ses bureaux, depuis six mois. Visite guidée.

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Un article de Lorène Lavocat, pour

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L’article en ligne

26 mai 2014

Ecouter par ailleurs
Qu’est-ce qu’un espace de travail collaboratif ?

9h – au fond de la cour

Les bords du canal Saint-Martin grouillent de voitures. Les cyclistes zigzaguent entre les camions garés en double file. Au niveau du 84 quai de Jemmapes, une lourde porte s’ouvre sur une cour toute en longueur, puis se referme sur l’agitation extérieure. Des panneaux en papier craft indiquent le chemin : « La ruche, c’est par ici ! ». Tout au fond, entre les vélos, une petite porte orange, puis une autre, et on y est.

Un grand open-space parsemé de plantes vertes et peuplé d’incorrigibles optimistes. Certains sont là de manière permanente, ils ont leur bureau attitré. D’autres viennent dans leur « pied-à-terre » de temps en temps. Quelques-uns travaillent seuls pour développer des outils de communication responsable, coordonner un dispositif contre le décrochage scolaire, ou gérer une ONG. Ils côtoient des micro-entreprises, avec quatre ou six salariés.

Tous partagent les valeurs de l’économie sociale et solidaire. « Ce qui nous réunit, c’est un état d’esprit, pas une communauté de métiers, confirme Bruno Humbert, l’un des fondateurs de La Ruche. Nous partageons l’idée et la volonté de changer les choses ». Lutte contre la précarité, soutien à la démocratie participative, urbanisme durable…

« Nous avons des projets différents, dans l’éducation ou dans l’écologie, mais des valeurs communes », précise Jeanne, de Transapi, un projet d’apprentissage pour les jeunes en difficultés. La Ruche se veut un « laboratoire vivant de l’innovation sociale ».


- La cuisine, centre névralgique -

10h – autour de la machine à café

Trois personnes en quête de caféine se penchent d’un air désabusé sur la machine toussotante. « Encore en panne ! ». La Ruche fonctionne presque comme toutes les entreprises. Son centre névralgique crache difficilement un café équitable. Moment de pause, on discute.

« Je rencontre des gens intéressants ici, avec qui j’ai des choses à partager », explique Jeanne. Elle vient à mi-temps depuis octobre dernier. « C’est pas guindé ici , et puis on peut rigoler. Toute seule chez moi, c’est moins sympa ! ». La Ruche est à la fois un espace de travail partagé, de « co-working », mais aussi un lieu d’échanges.

« Nous sommes surtout une plate-forme de rencontres », explique Blanche, l’une des quatre salariés de la Ruche. C’est d’ailleurs dans ce but qu’est née la structure en 2008. « Nous sommes partis du constat que les entrepreneurs sociaux sont souvent isolés, ils manquent de visibilité et de ressources », raconte Bruno.

Un pari qui fonctionne. Près des deux-tiers des projets hébergés réussissent.« Quand on dit qu’on travaille à la Ruche, ça nous donne une certaine légitimité,confirme Fanny, de l’ONG Blue Energy. Les gens connaissent, le lieu est reconnu. »


- Chaque vendredi, à 13h, c’est l’heure du buzz, où chacun peut partager une information ou un événement -

13h – déjeuner buzz

La clochette retentit. Une quinzaine de « butineurs » se presse, tupperware en main, au coin cuisine. C’est l’heure du « buzz », un temps d’échange à la fois informel et organisé, animé par Léa, à force de coup de cloche et de post-it.

« Bienvenue au buzz, qui a quelque chose à dire ? » Tous les vendredis, chacun peut prendre la parole pour annoncer un événement, demander de l’aide, poser une question. Un moment ouvert aux non-résidents porteurs de projets.

Comme Baptiste et Ingrid, de l’association Travel with a mission, venus présenter leur soirée d’échange sur le voyage responsable. Dan vient proposer ses services comme développeur de sites web, et Julie lance l’idée de créer des cours de chants.

« Le meilleur, c’est de voir les entrepreneurs, d’habitude vus comme individualistes, qui se rencontrent et comprennent qu’on est plus fort tous ensemble », sourit Bruno. Zoé, petites lunettes rectangulaires sur le nez, coordonne le Réseau des accorderies de France. « Je suis l’unique salariée de l’organisation , et mon poste est tout nouveau. Sans la Ruche, je me serais sentie très seule », avoue-t-elle.


- 80 bureaux sur 600 m2, d’open space -

15h – chut, ça travaille !

Même si une soixantaine de personnes travaillent quotidiennement à la Ruche, le lieu reste calme. Les clapotements de claviers remplacent les frottements d’ailes des abeilles. Certains murmurent en anglais, dans des visioconférences avec l’autre bout de la planète.

« Les gens sont respectueux les uns des autres, on ne parle pas fort, il n’y a pas de vol de matériel », constate Bruno. La mauvaise connexion aux réseaux mobile concourt aussi à limiter les sonneries de téléphone intempestives. D’autant plus « qu’il faut parfois attendre plusieurs mois avant d’avoir une ligne fixe », note Zoé. La faute au succès.

Après des débuts difficiles, la Ruche affiche complet. Une vingtaine d’entreprises attendent sur le seuil qu’une place se libère. « Depuis 2008, environ 250 structures sont passées ici », explique Bruno. Certaines périclitent, d’autres migrent ailleurs. Car au-delà de cinq ou six salariés, le loyer de 395€ (hors taxes) par poste devient rédhibitoire.

« Les entreprises restent deux ans en moyenne ici », évalue Thomas, en charge de l’administration des locaux parisiens. L’association propose aussi une formule à mi-temps pour 250€. Imprimante, café, et événement inclus. « On a aussi accès à des salles de réunions », précise Fanny. Au sous-sol, ou derrière les bureaux, ces pièces à l’atmosphère feutrée accueillent lesconférences de rédaction hebdomadaires de Reporterre.


- Blanche et Flore, deux salariées de la Ruche -

18h – vers d’autres horizons

« Et si on allait prendre un verre ? » lance Léa. Un petit groupe enthousiaste se dirige vers le bar le plus proche. D’autres restent, concentrés sur leur écran d’ordinateur. Chacun gère son temps de travail. « Quand je travaille ici, je fais davantage attention aux horaires que lorsque je suis chez moi », remarque quand même Jeanne.

Autorégulation collective, comme chez les abeilles. « A la Ruche, on ne travaille pas seulement côte à côte, on travaille ensemble », résume Blanche. C’est l’idée d’une « communauté apprenante », qui s’organise pour apprendre en permanence, capitaliser ses savoir-faire et ses compétences, mutualiser pour mieux les transmettre.

L’objectif désormais est d’essaimer le concept ailleurs. « Nous avons signé un partenariat avec la Mairie de Bordeaux, et nous avons des pistes à Rennes et Strasbourg », explique Thomas. « C’est un peu une utopie en marche, admet Bruno. Nous cherchons une nouvelle forme d’organisation du travail. »

Le succès de La Ruche est tel qu’il a attiré l’attention d’un gros mastodonte, la compagnie de téléphonie Orange. Les deux structures ont passé un accord en mars 2014 afin d’installer de nouvelles Ruches en région. Alternatif, mais pas révolutionnaire.

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